Le jeudi Mr Melano prof d'EPS ne travaille pas et laisse la chariotte à sa CPE de femme. Du coup c'est la journée préparation des cours, glandouille et activité sportive au départ de la maison, bref course à pied ou vélo car le Kayak n'a pas de roues. Pour ma première expèrience en qualité de prof d'EPS, est compris dans le package le fameux "conseil de classe" où je me dois d'assister et de défendre mon point de vue, lequel passse souvent pour secondaire face aux matières principales. Mais bon j'y crois, le sport mène à tout et c'est la matière essentielle à Mayotte!! Mon côté gorille impressionne les collègues qui n'osent me contredire...
Bref, un conseil de classe était justement prévu ce jeudi 29 novembre. Sans voiture fixe, je pris la décision de me rendre en vélo au collège en empruntant le chemin que je prends chaque semaine le mercredi avec l'un de mes collègues. Un superbe itinéraire à travers la forêt, les bananiers, les manguiers, qui monte qui descend, qui glisse, où l'on traverse une jolie rivère en sautant sur quelques pierre émergées, en résumé un chemin mahorais. 9km de la maison au collège.
Rien de bien exceptionnel jusque là, sauf la pluie qui s'est invitée à partir de 9h du matin et ce pratiquemment non stop jusqu'à mon départ prévu pour 14h45.
Après quelques minutes d'hésitation, je décidais à contre coeur de braver mère nature et d'affronter les cordes déversées par le ciel. Je m'équipe donc, avec une tenue de rechange dans le sac à dos et je me lance sous une pluie battante!!! En l'espace de 10 mètes j'étais déjà trempé jusqu'aux os, 1km plus tard des branchies étaient apparues. Pas grand monde sur la route, quelques enfants qui dansaient dans les flaques, genre "Singing in the rain" mais sans parapluies, de rares voitures... J'emprunte donc mon itinéraire fétiche, déjà un peu à la bourre, me disant que les 2 premiers km de descente me permettraient de me refaire. Grosse erreur, la descente en VTT sous la pluie, dans un chemin de terre à Mayotte, c'est interdit ou en tout cas ça devrait l'être. Après 10 minutes de funambulisme, j'arrive quand même à la fameuse rivière et ses jolies pierres. Problème, plus de pierres, à la place 1m d'eau avec un bon débit qui m'a laissé perplexe quelques minutes. Je me lance tout de même, avec de l'eau jusqu'à la taille et le vélo sur l'épaule, luttant contre le courant et cherchant des appuis dans une eau boueuse entre des pierres toutes aussi diaboliques les unes que les autres. Ouf, une fois de l'autre côté, j'évalue la situation. Chaussures évidemment trempées, cycliste noir devenu marron, sac à dos toujours sec grâce à sa protection étanche, cool. Je continue ma route, cette fois çi dans une partie beaucoup plus grimpante et donc très compliquée techniquement (pierres + pluie+boue) et physiquement après mon début de périple. Rien de bien méchant jusqu'au collège, à part un retard de 10 minutes et la perte de mes lunettes de soleil en route. J'arrive donc au collège dans un état lamentable, croisant certains élèves dont le sourire ne laisser aucun doute à l'interprétation, "Ils sont vraiment fous ces Mzungous". Je croise également quelques collègues, tout aussi amusés, qui ne manqueront pas j'imagine de me rappeler régulièrement cette journée. Après m'être changé en hâte, le conseil avait déjà commencé, je fais irruption dans la salle m'excusant platement pour mon retard. On aurait pu penser qu'après 45 minutes de vélo sous la pluie, le corps n'aurait plus besoin de réguler la température en transpirant, et bien non, j'ai abondamment sué pendant 15 bonnes minutes n'osant plus toucher mes feuilles ni même le bureau que je constellais de gouttes. L'horreur...
Une fois le conseil terminé, je décide de braver de nouveau les éléments, serein vu la pluie très fine qui n'avait rien de commun avec celle du départ.
J'enfourche ma monture et je repars en sens inverse, fier d'avoir passé mon premier conseil de classe. Jusqu'au 3ème km, tout se passait parfaitement, lorsque ma chaine casse sans même me prévenir!! Ca se fait pas voyons. Parti pour parti, je me fais une raison surtout que jusqu'à la rivière c'est essentiellement de la descente. J'arrive donc facilement à la pitchoune rivière... A ce moment là comment vous dire, je me suis senti tout petit. Le débit avait quadruplé au minimum et j'avais devant moi un véritable torrent, infranchissable pour le coup. Me voilà donc, reparti en sens inverse, en montée évidemment et en poussant le vélo, en direction d'un autre initinéraire 2 fois plus long que l'initial.
5 km plus loin, j'arrive à une autre point en amont de cette même rivière qui serpente dans la vallée, avec cette fois çi une plate forme en béton qui permet en théorie le passage de véhicule. Un gros 4x4 est stationné et un mahorais sonde la digue submergée par un flot continu et puissant. Je discute quelques minutes avec lui, il me dit qu'il soupçonne la digue de s'être rompue et qu'il s'apprête à laisser la voiture sur place et rentrer à pied en prenant un chemin bien plus long et accessible uniquement aux piétons. Déjà bien gavé par mon périple, je décide de tenter le coup et de passer à pied sur la digue, vélo sur l'épaule. J'avoue que l'idée n'était pas très prudente, mais bon, à part un fort courant et 30 centimètres d'eau j'ai pu franchir la rivière sans trop de difficultés, confirmant ainsi à mon interlocuteur que la digue était bien en place. Ravi il remonte en voiture, passe la première, franchi la rivière à son tour et me passe devant en me remerciant chaleureusement pour ma témérité. Il ne m'a pas proposé de me ramener par contre... salaud!!
Le piège de la rivière évité il ne me restait plus qu'à continuer le chemin jusqu'à la départementale pour ensuite rejoindre Combani et retrouver mon nid douillet, soit 6 km environs. Je les ai effectués tant bien que mal, en marchant et courant, vélo sur l'épaule ou en le poussant. Précisons aussi que le vélo n'est pas l'ami des voitures à Mayotte, les routes sont étroites, il n'y a pas de bas côté encore moins de trottoirs et la piste cyclable est une idée qui n'est pas prête de germer. Après avoir risqué quelques fois de me faire renverser j'ai pu rallier bon port, sain et sauf, tout ça à cause d'un "Conseil de classe"...
Petit rayon de soleil dans cette journée cata, j'ai retrouvé mes lunettes sur le chemin du retour!!!